Le monde des navigateurs de smartphones (traduction)

par Dominique

Peter-Paul Koch est un développeur Web bien connu pour ses analyses et comparaisons de navigateurs Web, et qui s’intéresse aux navigateurs mobiles depuis quelques années. Il a publié au mois de décembre 2010 dans A List Apart un article intitulé Smartphone Browser Landscape dont je vous propose ici une traduction, tel qu’autorisé par les règles en la matière de A List Apart. Cet article constitue un excellent complément aux sujets que nous abordons dans le chapitre 2 consacré au monde des navigateurs mobiles.

Les utilisateurs s’attendent à ce que les sites Web fonctionnent sur leurs téléphones portables. Dans deux ou trois ans, la prise en charge des mobiles va devenir un aspect standard de tout site. Les développeurs de site Web doivent donc ajouter la corde du développement pour le Web mobile à leur arc sous peine de perdre des clients.

Comment rend on un site Web compatible avec les mobiles ? La réponse est évidente : en le testant sur tous les téléphones portables, et en corrigeant les problèmes rencontrés. Mais cette réponse n’en est pas une. Il est impossible de tester un site sur tous les téléphones existant. Dans le monde des téléphones portables, il existe au moins dix systèmes d’exploitation et quinze navigateurs auxquels il faut prêter attention. Les appareils portables coûtent cher, et tous les développeurs Web ne peuvent pas se permettre d’en acheter cinq, voire dix. Tester sur « tous les téléphones portables » est donc impossible pour la plupart des développeurs Web.

Dans cet article, je donne une vue donne d’ensemble du marché du Web mobile, des plate-formes utilisées sur les téléphones, ainsi que de leurs navigateurs, dans le but de vous aider à déterminer quels appareils utiliser pour vos tests. Cela fait, nous examinerons comment mettre en place un système de test pour les mobiles.

Le marché des smartphones

Je recommande aux développeurs Web de concentrer leurs efforts de tests sur les smartphones. Tous les bons navigateurs mobiles tournent sur un smartphone ou un autre. Peu de non-smartphones disposent de bons navigateurs — cela est amené à changer, mais reste vrai pour le moment. Cela soulève une question : qu’est-ce qu’un smartphone ? Voici comme je paraphrase la définition plus ou moins officielle donnée par l’industrie du mobile :

Un smartphone est un téléphone qui tourne sur un système d’exploitation identifiable et sur lequel l’utilisateur peut installer des applications.

Le marché des smartphones est divisé en plusieurs sous-marchés, chacun avec son propre public. Pour plus d’information, je vous réfère aux articles de Tomi Ahonen sur les acheteurs de smartphones et la part de marché des smartphones.

Vue d’ensemble du marché des smartphones
Marché Part Système d’exploitation Acheteurs
Haut-de-gamme 20% iOS
Android
webOS
MeeGo
Windows Phone 7
BlackBerry OS6
Dans le groupe haut-de-gamme, les utilisateurs s’intéressent avant tout à l’utilisation du Web et aux applications, et ils sont prêts à mettre le prix pour cela.
Professionels 35% BlackBerry
Symbian
Windows Mobile
Windows Phone 7
Pour les professionnels, les téléphones concernés sont achetés par les entreprises pour leurs employés. Les directions informatiques décident quel système d’exploitation a accès au réseau de l’entreprise pour permettre aux utilisateurs de récupérer leurs e-mails et de naviguer sur les intranets sécurisés.
Milieu de gamme 45% Android
Symbian
BlackBerry
bada
Windows Mobile
Dans la catégorie de milieu de gamme, les intérêts des utilisateurs se concentrent sur la musique, un bon appareil photo, et/ou la possibilité d’écrire des messages facilement (ce qui nécessite un clavier physique) — le tout dans un appareil au prix abordable.

Notes :

  • en 2009, environ 175 millions de smartphones ont été vendus de par le monde. Il est prévu que le marché croisse de 90% cette année.
  • Android fait son entrée dans le marché milieu de gamme avec des appareils tels que le Vodafone 845 qui disposent de composants moins chers et moins puissants.
  • Avec la mise à disposition de Windows Phone 7, Windows Mobile est amené à disparaître.
  • MeeGo n’existait pas encore au moment où cet article a été écrit. Il va probablement faire son entrée sur le marché au premier trimestre 2011.

Un jeu de plate-formes

La bataille engagée à l’heure actuelle dans le monde des mobiles et celles des plate-formes. Le système d’exploitation est l’élément le plus important d’une plate-forme, mais les magasins d’applications et les navigateurs jouent aussi un rôle important.

Une plate-forme est en compétition avec d’autres plate-formes dans sa tranche de marché, et les développeurs Web se doivent de s’y intéresser. Chaque plate-forme à son navigateur par défaut, et si une plate-forme donnée devait remporter la bataille, son navigateur remporterait une large part de marché et obligerait les développeurs Web à le prendre en considération.

Sur le marché haut-de-gamme, iOS et Android sont les plate-formes disposant pour le moment d’une longueur d’avance. Cependant, en 2011, ils seront peut-être en compétition avec Windows Phone 7 (Microsoft) et MeeGo (Nokia). BlackBerry OS6 (RIM) tentera peut-être aussi d’attaquer ce marché.

Faites attention

Le problème est que la plupart des designers et développeurs Web (sans parler de la totalité de la blogosphère) font partie du marché haut-de-gamme. Il existe de ce fait un biais culturel à l’encontre des systèmes d’exploitation visant les autres marchés. De ce fait, la plupart des gens se concentrent sur l’affrontement entre iOS et Android, et ignorent les autres. Il faut que cela change.

Dans le marché milieu de gamme, Symbian (Nokia) domine pour le moment, mais bada (Samsung), BlackBerry (RIM) et les nouveaux Android (Google) de milieu de gamme représentent une compétition sérieuse.

Le marché des professionnels est plus conservateur. Bien qu’iOS tente de pénétrer ce marché, et qu’Android souhaite a priori faire de même, ils n’ont pas encore réussi. BlackBerry et Symbian conservent leur position dominante, avec quelques poignées de Windows Mobile en sus.

La situation est complexe, en particulier pour quelqu’un qui vient juste de se lancer dans le Web mobile. J’ai créer un tableau résumant le marché des mobiles pour faciliter la compréhension de cet état de fait.

Le marché des navigateurs mobiles

Bien que la bataille des plate-formes devrait, dans une large mesure, changer le paysage en matière de navigateurs mobiles dans le futur, il est probable que les développeurs Web soient plus intéressés par l’environnement actuel. Regardons donc d’un peu plus près le marché des navigateurs mobiles.

Il n’existe qu’une seule source d’informations concernant les parts de marchés des navigateurs mobiles : StatCounter. Celle-ci n’est pas sans défaut : la classification des navigateurs utilisées est parfois bizarre, et les sites sur lesquels le trafic est mesuré sont ceux inscrits à ce service. Cependant, il n’y a pas d’autres sources de données. Que nous dit donc StatCounter pour le mois de novembre 2010 ?

Statistiques mondiales des navigateurs mobiles pour novembre 2010
Part Navigateur Notes
22% Opera StatCounter considère Opera Mini et Opera Mobile en un seul lot. Selon mon estimation personnelle, fondée sur des discussions avec Opera, environ 90% de ce nombre est Opera Mini
22% Safari StatCounter divise iOS en iPhone, iPod Touch et iPad. Les statistiques de l’iPad sont englobées dans celles de Safari pour ordinateurs, pas dans les statistiques des mobiles. De ce fait, ce nombre exclut l’iPad.
19% BlackBerry Ceci inclut OS5 et les modèles plus anciens, qui tournent avec un navigateur utilisant un moteur de rendu développé par BlackBerry. Avec OS6 et ses successeurs, BlackBerry fournit un navigateur utilisant WebKit, ce qui va nettement faciliter notre tache.
17% Nokia Le navigateur de Nokia, utilisant WebKit, existe en plusieurs versions, certaines meilleures que d’autres. Malheureusement, StatCounter ne différencie pas ces différentes versions.
11% Android Le marché Android est assez fragmenté en matière de navigateurs. Il y a des différences subtiles entre les navigateurs des appareils HTC et Sony Ericsson. Ces différences sont appelées à créer des problèmes.
4% NetFront NetFront tourne principalement sur les téléphones plus anciens de certains vendeurs asiatiques, en particulier Sony Ericsson. Ceci inclut la PlayStation Portable (PSP) de Sony, ainsi que d’autres consoles de jeu.
1% UCWeb Le navigateur le plus populaire en Chine. Il offre peu de fonctionnalités.
1% Samsung StatCounter ne différencie pas les différents navigateurs de Samsung, depuis les anciens téléphones à base de NetFront aux plus récents tournant sur bada avec un navigateur à base de WebKit.

Ces statistiques sont mondiales ; les parts de marchés varient notablement d’un pays à l’autre. Prenez en compte les statistiques de votre propre pays avant de décider quels navigateurs vous allez prendre en charge. Il peut être aussi souhaitable d’étudier les logs de votre clients pour déterminer quels appareils leurs visiteurs utilisent.

Si vous êtes intéressés, comparez les statistiques en matière de trafic à celles des statistiques de ventes telles que décrites par Gartner ; vous verrez combien elles diffèrent.

La domination de l’iPhone

Si vous comparez les statistiques en matière de trafic et celles en matière de ventes, vous noterez que la part de marché de Safari pour iOS est hors de proportion comparée à sa part de marché en terme de ventes. Ceci est bon à garder en tête lorsqu’on développe des sites Web mobiles, mais ne l’utilisez pas en guise d’excuse pour ne tester que sur l’iPhone.

Il y a deux raisons qui explique la domination de l’iPhone : tout d’abord, iOS est la première plate-forme créée spécifiquement pour la navigation sur le Web mobile. De ce fait, les gens qui veulent naviguer sur le Web depuis leur téléphone choisissent l’iphone (ou parfois Android). En second lieu, Apple s’est assuré que ceux qui achètent l’iPhone disposent d’un forfait données illimitées, ce qui encourage l’utilisation du Web.

Cependant, le forfait données illimité disparaît. AT&T aux États-Unis, et les nouveaux opérateurs disposant d’iPhone, tels que Vodafone en Europe, offrent désormais un forfait données avec limitations, dans la mesure où cela représente leur intérêt économique. Auparavant, les consommateurs maudissaient T-Mobile en Europe et surtout AT&T aux États-Unis car ils étaient incapables de fournir des connexions données (voire des connexions voix) de bonne qualité pour les utilisateurs de l’iPhone. Ils n’avaient aucune raison économique d’améliorer leurs services, puisque ce trafic de données lié à l’iPhone ne leur rapportait pas plus. D’où ces changements dans les forfaits.

De ce fait, et aussi du fait de la popularité croissante des autres systèmes d’exploitation, il me semble que les jours de la domination de l’iPhone sont comptés, bien que je ne puisse pas prédire avec quelle rapidité cela arrivera.

Les meilleurs navigateurs mobiles

Quels sont donc les principaux compétiteurs de Safari en tant que Meilleur Navigateur Mobile ?

À ce jour, j’évalue quatre navigateurs mobiles au plus haut rang, « Excellent » :

  1. Safari de iOS — le meilleur navigateur mobile dans l’ensemble,
  2. WebKit d’Android,
  3. Dolfin de bada (Samsung) — de loin le plus rapide des navigateurs mobiles, et
  4. WebKit de BlackBerry, le nouveau navigateur par défaut pour OS6 et suivant. (Pour l’instant uniquement disponible sur le BlackBerry Torch.)

Ces quatre navigateurs supportent les événements tactiles, qui sont absolument cruciaux pour créer une interface fluide sur écran tactile. De plus, ils sont tous bâtis sur le moteur de rendu WebKit. Apple l’a créé, et Google, Samsung, et RIM en ont fait leur point de départ pour leurs propres navigateurs. (De même que Nokia, Palm, et plus récemment LG).

Il n’existe pas un seul WebKit pour les mobiles

Cependant, WebKit et les événements tactiles ne suffisent à pas faire un navigateur excellent. Récemment, LG a mis à disposition Phantom, un navigateur pour les téléphones bas-de-gamme. Bien qu’il soit à base de WebKit et qu’il prenne en compte les événements tactiles, il n’est pas très bon.

Ceci met en avant un règle tout particulièrement importante pour les développeurs Web : WebKit pour les mobiles n’existe pas. J’ai testé neuf navigateurs mobiles à base de WebKit et ils se comportent tous différemment. Pas énormément : le support basique de CSS est bon, et JavaScript est certainement utilisable. Il n’en reste pas moi que chacun a ses problèmes et ses points forts.

Du fait de cette variabilité, il importe de tester vos sites Web sur autant de navigateurs à base de WebKit que vous le pouvez. Ne partez pas du principe que votre site Web fonctionnera sur les navigateurs WebKit d’Android ou de BlackBerry simplement parce qu’il fonctionne sur Safari.

Les bons navigateurs

Les navigateurs par défaut d’Apple, Google, Samsung et RIM forment ce que je dénomme la classe Excellent. Vient ensuite ce que j’appelle la classe Bon : celle-ci inclut Opera Mobile, Palm WebKit pour webOS, et MicroB, le navigateur à base de Gecko utilisé par défaut sur MaemoOS de Nokia, amené à être remplacé bientôt par MeeGo.

Ces navigateurs ne prennent pas en charge les événements tactiles, et les capacités de zoom varient pour chacun d’entre eux. Cependant, en terme de CSS et JavaScript à proprement parler, vous n’aurez que peu de difficultés.

Des trois, Opera Mobile est le plus important, puisqu’il est utilisé comme navigateur par défaut sur de nombreux appareils Window Mobile lorsque le vendeur a estimé que IE n’était pas suffisamment bon. Il représente aussi une alternative à Nokia WebKit sur Symbian, le système d’exploitation mobile le plus répandu.

Opera Mini

Opera Mini est un navigateur extrêment important, et vous devriez clairement tester vos sites sur Opera Mini, du fait de la manière unique dont il gère la navigation Web. Il est disponible sur iOS et Android, et de nombreux autres systèmes d’exploitation.

Opera Mini est différent de tous les navigateurs que nous avons abordés jusqu’à présent, Opera Mobile compris. Alors que les autres navigateurs téléchargement simplement le HTML, CSS, JavaScript, l’interprètent et l’affichent, Opera Mini procède de manière assez différente. Lorsqu’on demande une page sur Opera Mini, cette requête est dirigée vers un serveur spécial Opera Mini. Ce serveur télécharge les ressources, les interprètent, et calculent l’affichage de la page. Il renvoie alors une image de cette page au téléphone, qui peut être alors vue via le client Opera Mini.

L’avantage est que le client Opera Mini nécessite très peu de mémoire, ce qui le rend particulièrement bien adapté aux appareils bas de gammes, peu chers. De puis, les seules données téléchargées sont celles de l’image, fortement compressée.

L’inconvénient est qu’Opera Mini n’offre aucun interactivité côté client : si l’activation d’un lien déclenche un gestionnaire d’événements pour bénéficier d’AJAX, Opera Mini doit retourner vers le serveur pour demander ses instructions. Le serveur gère le script et renvoie une image mise à jour de la page. Cependant, il convient de comprendre que ceci est une fonctionnalité, pas une erreur. Pour de nombreuses personnes sur la planète, abandonner cette forme d’interactivité côté client permet d’économiser pour d’argent, en terme de coûts des appareils et de transfert de données.

Opera Mini n’est pas le seul mini navigateur. Le plus populaire des navigateurs chinois est UCWeb, qui fonctionne sur des principes similaires. Il me semble que leur moteur de rendu est de piètre qualité — dans certains cas, il est même incapable de gérer un simple lient. Leur migration vers WebKit n’est qu’une question de temps.

Nokia WebKit

Dans sa première année de vente, Microsoft a vendu Windows 7 à 240 millions d’exemplaires. La plupart venaient avec IE8, bien entendu. En 2009, Nokia a vendu 432 millions d’appareils. Plus de la moitié d’entre eux disposaient d’un navigateur Nokia WebKit par défaut.

Autrement dit, l’année dernière, le marché a reçu plus d’exemplaires de Nokia WebKit que d’IE. La taille de Nokia WebKit est absolument écrasante. Malgré cela, sa part de marché en terme de trafic reste modeste ; l’utilisateur moyen de Nokia ne va largement pas aussi souvent sur le Web que l’utilisateur moyen d’iPhone. Cela pourrait changer cependant, et vos sites Web doivent être prets.

Il y a un navigateur Nokia WebKit ancien, celui qui tourne sur S40 (le système d’exploitation bas de gamme) et sur les appareils Symbian plus anciens (jusqu’au S60v3 feature pack 1). Il y a aussi le navigateur Nokia Webkit moderne, celui qui tourne les appareils Symbian plus récents. Ce dernier a ses bizarreries, mais reste gérable. Le premier quant à lui est plus difficile. Si vous n’êtes pas sûr de quel navigateur votre téléphone Symbian dispose, faites lui passer le test Acid 3. Le navigateur récent obtient un score d’environ 50, alors que l’ancien le rate complètement. Stephanie Rieger a rédigé une superbe série d’articles au sujet de Nokia WebKit, pleine d’informations qu’il convient de connaître.

Les sites destinés uniquement au marché États-Unis/Canada peuvent à peu près laisser de côté le navigateur Nokia WebKit. Nokia a une part de marché négligeable en Amérique du Nord. Les sites destinés à des publics d’autres parties du monde méritent d’être testés dans ce navigateur, en revanche.

BlackBerry ancienne version

Avant OS6, BlackBerry utilisait un navigateur développé en interne, qui n’était pas une grande réussite. Malheureusement, la grande majorité des propriétaires de BlackBerry disposent toujours de cet ancien navigateur ; OS6 n’a fait qu’une petite incursion dans le marché pour le moment. Mais cela va changer.

Les performances en matière de JavaScript sont le plus gros problème de l’ancien navigateur BlackBerry — elles sont pratiquement nulles. Sur OS4.6 et précédents, ce problème était à peu près incontournable. OS4.61 et suivants offrent au moins quelques fonctionnalités de script, mais elles restent fastidieuses d’utilisation jusqu’à OS6, il convient donc de simplement laisser de côté l’utilisation de scripts pour les navigateurs BlackBerry anciens.

Qu’en est-il d’IE ?

J’ai déjà mentionné plusieurs navigateurs que je vous incite fortement à utiliser pour tester votre site — le nombre de navigateurs à tester au total est déjà supérieur à celui nécessaire pour un site habituel pour ordinateur. Il y a toutefois une lueur d’espoir au sein de cette obscurité : IE n’a aucune importance sur les mobiles.

Le navigateur par défaut de Windows Phone 8 est bâti sur IE8 et intègre quelques fonctionnalités de IE8. C’est déjà mieux que le navigateur par défaut de Windows Mobile, qui lui est à base de IE6. Les versions plus anciennes sont à base de IE4. Bien que Windows Phone 7 puisse se révéler un succès, je pense qu’il n’obtiendra jamais une part de marché de 65% comme cela est le cas sur les ordinateurs de bureau. Selon mon estimation, Microsoft devrait conquérir in fine 10 à 15% du marché des smartphones, au maximum.

La question devient alors : devons-nous, en tant que développeurs Web, dépoussiérer nos connaissances en matière d’IE, et forcer les utilisateurs d’IE à télécharger des feuilles de style supplémentaires ? Devons nous forcer tous les utilisateurs à télécharger des versions du code spécifiques à IE via une connexion mobile ? Ou devons-nous ignorer IE ? Je préfère cette dernière option.

Microsoft connaît ce problème, et sait qu’il peut remettre IE Mobile dans la course en visant un alignement avec IE9. De fait, cette opération est en cours de réalisation en ce moment-même. Si tous nos sites se mettent soudainement à fonctionner dans une version future d’IE Mobile, tant mieux ! Et dans ce cas, nous pourrions même l’inclure dans notre liste de navigateurs de tests. Mais nous n’avons pas d’obligation de contourner laborieusement un bogue d’IE après l’autre, comme nous devons le faire pour les ordinateurs.

Les autres navigateurs

Il y a quelques autres navigateurs qu’il est possible d’ignorer pour le moment, mais dont on peut envisager qu’ils deviennent important à l’avenir :

  • NetFront est toujours utilisé largement sur les appareils plus anciens de Samsung et Sony Ericsson, mais il est largement en retard sur les autres navigateurs, et va probablement disparaître dans un futur proche. Mon conseil : ignorer NetFront. Sa prise en charge requiert beaucoup d’efforts.
  • Obigo, le navigateur sélectionné par LG, ne compte pas se laisser distancer par les autres navigateurs. Si jusqu’à sa version 7.x, il utilisait son propre moteur de rendu, il migre désormais vers WebKit. Les premiers navigateurs Obigo à base de WebKit sont attendus dans les premiers mois de 2011.
  • Une version bêta de Firefox pour Android est disponible, mais ne dispose toujours pas de fonctionnalités importantes pour les mobiles, telles que les événements tactiles. Mais le principal problème de Mozilla reste que les utilisateurs mobiles ne vont pas se mettre à télécharger un navigateur supplémentaire simplement parce que c’est possible. Il me semble donc que Firefox peut être ignoré pour le moment sans difficulté, bien que cela soit amené à changer si un vendeurs d’appareils ou de plate-formes se décide à utiliser Firefox comme navigateur par défaut.

Votre environnement de test pour les mobiles

Tachons maintenant d’appliquer nos nouvelles connaissances en matière de plate-formes et de navigateurs pour mettre en place un environnement de test.

Commencez vos tests

Commencez vos tests maintenant. Bien entendu, vous n’avez sans qu’un ou deux téléphones à votre disposition, mais de voir votre site sur n’importe quel téléphone représente déjà une belle opportunité d’apprentissage.

Le problème le plus difficile que vous pouvez commencer à résoudre tout de suite : la petite taille de l’écran. Tous les téléphones ont un petit écran comparés aux normes des ordinateurs, et votre site devra fonctionner sur cet écran. Commencez donc à expérimenter immédiatement. Ne vous inquiétez pas de ce que vos appareils ne soient pas représentatifs du marché. Il vaut mieux tester sur n’importe quel mobile plutôt que sur aucun.

Se procurer des appareils

Il est alors temps de mettre de l’argent sur la table. Vous disposez probablement déjà d’un iPhone ou d’un Android. Achetez un BlackBerry ou un Nokia Symbian — en fonction de celui qui est le plus populaire là où vous habitez. Choisissez un modèle populaire assez récent mais pas trop. Cela permettra de représenter les nombreux smartphones qui ne vont que rarement sur le Web — pour le moment.

Si votre budget n’est pas large, achetez un appareil Nokia ou BlackBerry sans écran tactile. Si vous avez de l’argent, mettez-en de côté tout de même pour un appareil sans écran tactile. Tous les utilisateurs ne disposent pas d’un écran tactile, et il convient donc de se familiariser avec les autres méthodes d’entrée. S’il vous reste un budget disponible pour un troisième ou un quatrième appareil, n’importe laquelle des plate-formes que j’ai évoquées, bada, Windows Phone 7 ou Windows Mobile, devrait faire l’affaire. Choisissez en un ou deux parmi ceux qui ont la plus grande part de marché dans votre région du monde.

Installez des navigateurs

Passez en revue ma liste de navigateurs et installez sans faute tous les navigateurs disponibles en téléchargement pour les appareils à votre disposition. N’oubliez pas en particulier Opera Mini et UCWeb.

Les services de tests

Vous devriez alors disposer de deux à quatre appareils, et de six à dix navigateurs au total. S’il vous reste de l’argent, achetez en plus. Si votre budget pour des appareils supplémentaires est épuise, il vous reste deux solutions : les services de tests, et les émulateurs.

Les deux principaux services de tests sont Device Anywhere et Perfecto Mobile. Comparez-les donc et décidez lequel vous préférez.

Ces services disposent de rayons multiples de téléphones portables alignés dans leurs laboratoires, chacun d’entre eux sous l’œil d’une webcam, et il est possible d’accéder à ces appareils depuis votre ordinateur via le navigateur pour tester absolument tout ce que vous voulez. Ces services ont un prix, mais qui reste largement plus bas que l’achat d’appareils.

Émulateurs

Bien que les émulateurs soient le moyen le moins cher d’effectuer des tests pour les mobiles, je dois reconnaître que je ne suis pas un grand fan des émulateurs — pour ce que ceux-ci soient vraiment bons, il faut que le navigateur mobile ait été adapté à Windows (ou Mac), et que cette transformation est prône aux problèmes.

Passez en revue la liste d’émulateurs et installez-en autant que vous pouvez. Malheureusement, la plupart requièrent un SDK pour les faire tourner, ce qui va alourdir considérablement votre ordinateur.

Liste de navigateurs

Une fois que votre environnement de tests est en place et que vos clients vous demandent des navigateurs qui fonctionnent sur les mobiles, établissez une liste générique de navigateurs à inclure dans vos contrats. Vos clients doivent pouvoir savoir sur quels navigateurs leur site va fonctionner.

Deux navigateurs sont incontournables : Safari et Opera Mini. Vos clients demanderont certainement aussi Android, et les plus connaisseurs insisteront pour inclure BlackBerry ou Symbian. Mettez-vous d’accord sur les versions des navigateurs ; cela dépendra probablement des appareils, services de tests ou émulateurs dont vous disposez. Il y a quelques aspects un peu compliqués :

  • Rappelez-vous que BlackBerry OS4.6 et précédents n’est pas capable d’interpréter du JavaScript compliqué. Par ailleurs, il convient d’informer votre client que vous aurez peut-être aussi à désactiver les scripts pour les BlackBerrys ultérieurs. Seul OS6 et son navigateur à base de WebKit peut raisonnablement être pris en charge.
  • Nous avons déjà mentionné les différentes versions de Nokia WebKit. Essayez de laisser de côté les versions anciennes ; cela vous évitera bien des complications.
  • Android WebKit a connu une mise à jour conséquente entre la version 1.6 et la version 2.0. Assurez-vous donc que le contrat spécifie sur quelle(s) version(s) d’Android vous effectuerez vos tests.

Même si votre client ne demande que la prise en charge de l’iPhone, assurez-vous que votre site fonctionne aussi raisonnablement bien sur au moins un autre navigateur mobile. Ne laissez jamais passer une occasion de vous exercer.

L’amélioration progressive à votre service

L’amélioration progressive vous rendra de nombreux services lors des développements à destination des mobiles. Tout ne pourra pas fonctionner sur tous les navigateurs mobiles, mais ça n’est pas grave. Tout n’a pas besoin de fonctionner sur tous les navigateurs. Si quelqu’un utilisant Opera Mini ne voit pas animations, c’est un compromis acceptable. Et soyez prêts à abandonner complètement l’utilisation de scripts pour les anciens BlackBerry.

L’amélioration progressive va gagner en popularité à mesure que le développement pour le Web mobile va se répandre. Sur les ordinateurs, il est indispensable de satisfaire les utilisateurs d’IE, mais sur les mobiles, la situation est très différente. N’hésitez donc pas à désactiver certaines fonctionnalités pour certains navigateurs. Tant que l’utilisateur est en mesure de lire contenu et de naviguer, vous avez rempli votre mission.

Mobiles : la nouvelle frontière

J’espère que cette montagne d’informations pourra vous servir de point départ pour vos propres incursions dans le monde du mobile. Cela n’ira pas sans difficulté, principalement du fait de ses grandes différences avec le Web des ordinateurs. Par ailleurs, les connaissances détaillées des navigateurs auxquelles nous sommes habitués sur les ordinateurs ne sont pas encore tout à fait disponibles pour le Web mobile.

Cela ne devrait bien sûr pas vous bloquer dans vos expérimentations. Essayez simplement ce qui vous semble logique. Ça ne marchera pas toujours, mais ça fait partie du jeu. Et lorsque vous trouvez quelque chose qui fonctionne, surtout prenez le temps de le publier. Vos pairs en matière de développement pour le Web mobile auront besoin de ces informations.

Bonne chance, et rappelez vous : vous n’êtes pas le seul.

Liste de lecture

Voici une liste de lectures de références en matière de mobiles. Assurez-vous de les suivre régulièrement pour rester informé des directions que prend le marché des mobiles :

  • Tom Ahonen, un ancien cadre de Nokia, publie Communities Dominate Brands (« les communautés sont plus fortes que les marques »). C’est là qu’il faut aller pour toute sorte de statistiques. La lecture de son blog donne un aperçu général, non centré sur le Web, et ô combien nécessaire.
  • Cloud Four Blog de Jason Grigsby. Jason est à la fois un développeur Web et un développeur Web ; il s’intéresse en particulier aux requêtes de media, et aux débats opposants applications natives et applications Web.
  • Vision Mobile is une cabinet d’analyse et de stratégie pour le marché des mobiles qui publie un blog très intéressant, avec notamment des articles à l’opinion marquée et provatrice.
  • jQuery Mobile est le dernier projet en date de John Resig. jQuery est la première bibliothèque JavaScript disposant d’une stratégie mobile bien établie. La bibliothèque Sencha est aussi une possibilité, mais celle-ci a débuté en ciblant uniquement les iPhone et Android, et commence seulement maintenant à prendre en charge des plate-formes supplémentaires.
  • Yiibu de Bryan et Stephanie Riegier publie des articles excellents sur le développement pour le Web mobile et les différents navigateurs Nokia. Le site dans son ensemble est un exemple de ce que devrait être le développement pour le Web mobile.
  • Luke Wroblewski est un designeur Web s’intéressant en particulier aux mobiles. Ses diagrammes concernant les gestes à base tactile sont particulièrement intéressants.
  • WAP Review de Dennis Bournique s’intéresse principalement au marché milieu et bas de gamme. Il est connu en particulier pour ses tests exhaustifs des mini navigateurs (Opera Mini, UCWeb et similaires). Dennis publie aussi ses trouvailles en matière de nouveaux sites mobiles qui peuvent être une source d’inspiration.
  • PinchZoom est l’entreprise de Web mobile de Brian Fling, où sont disponibles de nombreux articles utiles.
  • Le blog dd’Asymco, par Horace Dediu, suit de très près le marché des mobiles et dispose de nombreux points de vue pertinents.
  • Mobile Industry Review est une autre source offrant du recul sur l’ensemble du monde des mobiles.
  • @EricssonLabs sur Twitter vous permettra de connaître les nouvelles du mobile les plus importantes du moment.
  • This is Mobility est écrit par Mike Rowehl, un développeur pour les mobiles s’intéressant au Web. En plus de suivre de près le monde du mobile, Mike écrit aussi de temps en temps sur la perception qu’a le monde du mobile sur le monde du Web, un changement de perspective non sans intérêt.
  • Le rapport de Morgan Stanley sur l’internet mobile (en PDF, et énorme) est sans doute la vue d’ensemble la plus complète du Web mobile à ce jour, bien qu’il ait déjà un an.
  • J’ai créé la liste de discussion mobile-web sur laquelle de nombreux experts discutent des navigateurs mobiles, du Web mobile, du contexte mobile, et d’autres sujets importants.
  • Et enfin, la section consacrée aux mobiles de mon propre site, QuirksMode. J’y écris au sujet du marché des mobiles tels que vu par un développeur Web, y compris sur des sujets extrêments techniques que les développeurs pour le Web mobile seront à terme tenus de connaître.

Translated with the permission of A List Apart Magazine and the author.